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 Une pirogue n'est jamais trop grande pour chavirer [Florence G. Hildeguard] TERMINÉ

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Ekna

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MessageSujet: Une pirogue n'est jamais trop grande pour chavirer [Florence G. Hildeguard] TERMINÉ   Ven 4 Avr - 13:31

La houle s'abattait sur les contreforts des quais, alors que le soleil se levait difficilement sur la cité, et déjà quelques bipèdes vaquaient à leurs occupations, qui déchargeant ses marchandises devant l'entrée de service d'une échoppe, qui écumant les rues d'un pas chancelant, alors que tous les tonnerres des sept mers semblaient encore lui tomber sur la tête.

Assise sur les toits de terre cuite, surplombant le train de vie matinal reprenant ses droits, une jeune Harpie se redressa maladroitement, l'air d'avoir passé une nuit des plus affreuses. Chassé de la Belle-de-Nuit par son équipage, l'humanoïde s'étira, son ventre réclamant honteusement sa pitance. La veille au soir, alors que l'oiselet venait de rejoindre la civilisation, toute cette diversité et cette animation l'avait enchanté, force étant néanmoins de constater que sans le sou en poche, l'on ne pouvait ni manger, ni boire, ni même trouver un nid où passer la nuit, et ce fut le ventre vide qu'il s'endormit en terrasse, bercé par les chants, les rires et les disputes nocturnes.

Comment se procurer les fragments de métal qui servaient au troc en ces lieux à la logique si éloignée de celle de son peuple, et qui jusqu'alors lui restait hermétique ? Pas la moindre idée … Toutefois, il lui restait la chasse, bien qu'actuellement il ne puisse repérer la moindre bête alléchante, sinon des humains. Or, et cela il l'avait bien compris, de tuer un homme était très mal vu. Ce qui demeurait absurde, voire même troublant, était que de manger une bête morte puisse être si mal considéré ; après tout, quel intérêt pouvait-on avoir à laisser pourrir une carcasse sous terre ? Y avait-il une raison à cela ? Probablement une croyance ou même une superstition infondée, ou un sacrifice à un dieu quelconque, afin qu'il ne laisse les vivants en paix.

Il se souvenait encore du rictus d'effroi sur le visage de ses anciens compagnons, tandis qu'il se nourrissait de Sloan, un marin des plus jovials, qui lui avait appris de nombreuses choses à propos des dés, des bateaux et des cordages, et qui s'était effondré lors de la bataille navale, après qu'un adversaire eut actionné un genre de canon portatif. Cela remontait presque à une semaine, et bien qu'il n'y avait nul équivoque que cet acte était puni chez les hommes, rien ne lui avait été expliqué à ce sujet, et de s'être vu chassé par des êtres qu'il considérait comme des amis pour quelques bouchées de foie sans qu'on ne lui donne la moindre explication restait à la fois des plus humiliants, et des plus blessants.

La seule pensée de toute cette viande gaspillée fit rugir derechef le ventre du volatile, qui commençait à souffrir de son jeun, et décidant que les habitants des lieux ne lui serait d'aucune aide, le grand blond prit son envol, prenant le large à la recherche d'un banc de poisson, ou de quelque oiseau marin blessé, qui se laisserait attraper sans trop d'efforts.

Tout chasseur savait cela ; si la peine surpassait de loin la récompense, si la perte ne pouvait être comblée par le gain, la proie n'était pas intéressante. Et justement, il lui apparu une prise de premier choix, à quelques lieues du rivage. Ballottée par les vagues, un corps flottait, soutenu par un débris de bois travaillé, faisant penser à un morceau de coque d'une embarcation. A une telle distance, et si le cadavre n'avait eu une chevelure si vive, peut-être qu'Ekna ne l'aurait pas remarqué.

Or, pendant qu'il opérait une piquée vers la carcasse, celle-ci se redressa, brisant dès lors la perspective d'un festin tant attendu. Plus déçu qu'étonné, ayant participé – bien que de loin – à un abordage, il semblait évident que de tels naufragés puissent dériver aux quatre vents, et ce fut par dépit que l'hybride se posa sur le radeau de fortune – ses ailes commençant à lui brûler de par le manque d'exercice des derniers jours – dévisageant avec intérêt la belle damoiselle, sans toutefois prononcer le moindre mot.


Dernière édition par Ekna le Dim 4 Mai - 14:34, édité 1 fois
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Ekna

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MessageSujet: Re: Une pirogue n'est jamais trop grande pour chavirer [Florence G. Hildeguard] TERMINÉ   Dim 4 Mai - 14:29

Spoiler:
 

Alors qu’il faisait face à un même silence, la créature aux atours aviens allait engager la conversation, quand, prit de stupeur, il remarqua que la naufragée vieillissait à vue d’œil, tel si le poids des années perdait toute patience, et réclamait honteusement  son dû sur l’heure. Les traits du si fin visage se marquèrent alors, rides et tâches de vieillesse faisant leur apparition, alors que les cheveux cuivrés se ternissaient, prenant une teinte argentée, alors qu’ils perdaient de leur superbe et de leur douceur. Enfin, l’œil droit de l’inconnue s’enfonça dans son orbite, avant de laisser un trou béant et des plus repoussants, et s’écartant devant l’horreur du spectacle, la jeune Harpie remarqua soudainement que la veste et le pantalon immaculés de la damoiselle avaient laissé place à un plumage éparse et défraîchit tirant sur le lavande, mais qui en d’autres temps devait être d’autant plus éclatant.

La vieille furie qui l’avait châtié de son île natale lui faisait maintenant face, battant des ailes avec rage, et le menaçant de ses serres meurtrières. Pourtant, Ekna ne se sentait plus la force de voler, et pour cause, un corps tout ce qu’il y avait de plus humain avait remplacé ses ailes et ses pattes, la peau pâle dévoilant au soleil une musculature noueuse. Dans son plus simple appareil, la proie de la vieille chouette n’eut que le temps de se jeter à la mer, manquant de se noyer alors qu’elle parvenait difficilement à se maintenir à la surface, à l’aide de ses nouveaux membres.

“بيع الإنسان ! ميرس !”

Fondant droit sur son visage, bien décidée à le mutiler, la doyenne hurlait des insanités à son sujet, et si la peur n’avait submergé son esprit, il aurait tenté de la noyer.

Ce fut une douleur au niveau du flanc qui arracha l’humanoïde de ses songes tumultueux, et il fallut un moment à la Harpie pour comprendre qu’elle se trouvait toujours sur les toits de la ville portuaire, trempée jusqu’à l’os.

“Ah, c’est don’ pas dommage que tu t’réveille enfin maudit vautour !”

Sursautant à ces paroles, le volatile fit volte-face, se redressant à grand peine, et il se retrouva face à une humaine d’âge mûr, penchée à sa fenêtre, et dévisageant le malotru qui dormait jusqu’alors sous sa chambre.

“On n’a pas idée d’s’installer chez les bonnes gens, sans leu’ d’mander leur avis. Va don’ salir le toit d’quelqu’un d’aut’ !”

Sans demander ni un autre seau d’eau, ni un autre coup de balai, Ekna préféra laisser cette mégère seule avec sa mauvaise humeur et son venin, et alors qu’il émergeait de sa torpeur, détrempé, il profita du vent pour se laisser porter vers la ville haute, à l’affût d’une proie pour le sustenter, et pour le consoler de cet affreux cauchemar, ainsi que de cette odieuse bipède, alors que le jour se levait timidement et qu’il constatait avec soulagement qu’il n’avait pas perdu ses ailes au profit de ces étranges membres articulés.
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